Le col de Porte, site démonstrateur pour la moyenne montagne

La visite de terrain en Chartreuse lors du séminaire des paysagistes-conseils de l'État à Grenoble a donné lieu à un article du Moniteur publié le 17 septembre 2020. 

 

Le col de Porte, site démonstrateur pour la moyenne montagne

Laurent Miguet |  le 17/09/2020  |  Grenoble-Alpes Métropole,  Grenoble,  Aménagement

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A l’entrée du massif de la Chartreuse, le col de Porte confronte Grenoble Alpes Métropole à sa ruralisation. Quel new deal pourra rassembler les habitants du haut et du bas, dans une station de moyenne montagne confrontée à l’épuisement de l’or blanc ? Le séminaire des paysagistes conseil de l’Etat a posé les enjeux In Situ, le 11 septembre dernier.

Même en Chartreuse avec ses 2,20 m de pluies annuelles contre 0,8 m dans la cuvette grenobloise, l’eau manque, en raison de précipitations trop irrégulières et pas assez neigeuses. Cette année encore, des camions de foin viennent pallier le déficit d’herbe, pour nourrir les bêtes qui stationnent sur les pentes du Charmant Som.
 

Erosion et sécheresse

Stimulée par les 93 000 touristes recensées en 2019 hors période hivernale, l’érosion des pelouses n’arrange rien : « Sur l’autre versant, la roche à nu montre qu’on a atteint le point de non-retour », constate Bruno Charles, président du groupement pastoral Emeindra-Chamechaude, ce vendredi 11 septembre devant les paysagistes conseil de l’Etat réunis en séminaire sur le changement climatique.

Depuis le replat situé à mi-chemin entre le Col de Porte, à 1325 m d’altitude, et le sommet du Charmant Som, à 1867 m, la vision de la cime grandiose de Chamechaude, point culminant du massif, n’occulte pas la gravité du moment.

La veille, ce troisième été consécutif de sécheresse a motivé un point à l’ordre du jour d’une réunion au parc naturel régional : peut-on envisager qu’une retenue collinaire puisse fournir un réservoir d’eau que partageraient la station de ski et les bergers, pour alimenter les canons à neige et irriguer les prairies ?
 

60 ans d’observations

Pour objectiver le débat, le col qui marque l’entrée dans le massif de la Grande Chartreuse bénéficie d’un équipement et d’une équipe de scientifiques d’exception : « Ouvert en 1959 et fort de 30 permanents, l’observatoire nivo-météorologique du Col de Porte a accumulé la série la plus documentée d’Europe sur l’enneigement en moyenne montagne », témoigne Yves Lejeune, ingénieur au centre d’études de la neige de Météo France. Son constat est sans appel : « Plus on avance, plus les hivers sont faibles ».

Comment anticiper la fin de l’or blanc, en l’absence de modèle éprouvé pour assurer la transition vers le tourisme des quatre saisons auquel aspire la moyenne montagne ? Du Charmant Som au village de Saint-Pierre de Chartreuse en passant par l’hôtel des Trois sommets au Col de Porte, les visites et débats orchestrés par les paysagistes conseil de l’Etat ont jalonné un chemin semé d’embûches, tout au long de ce second vendredi de septembre.
 

Embûches

« La réglementation nous fait autant de mal que la raréfaction de la neige », estime Didier Bic, concessionnaire de la station de ski depuis cinq ans. Plus encore que la jungle administrative, l’obstacle à franchir se situe à ses yeux dans le manque de dialogue entre les parties prenantes : les agriculteurs, l’office national des forêts, les communes, l’exploitant de la station, le parc naturel régional, et depuis la dernière extension de son périmètre en 2015, Grenoble Alpes Métropole.

« Jamais jusqu’à ce jour l’ensemble des acteurs concernés ne se sont réunis autour d’une table », regrette Didier Bic. Après s’être lancé dans l’aventure de la concession par amour du site où des générations de grenoblois ont appris à skier depuis l’installation du premier téléski de France en 1934, lui-même n’est pas resté inerte : à côté de l’hôtel, il a transformé le bâtiment désaffecté en un immeuble d’appartements  touristiques.
 

Vitalité villageoise

Sa feuille de route fait consensus : « L’argent gagné sur le ski doit préparer la transition ». En écho, Dominique Escaron, président du parc naturel régional, espère que les années à venir permettront de « produire de la valeur avec la neige, pour aller vers les quatre saisons ». En contrebas du col, le village de Saint-Pierre de Chartreuse peut faire valoir sa vitalité : « Plus qu’une station, nous revendiquons l’identité de village, avec 40 associations pour 1000 habitants », s’enorgueillit son jeune maire Stéphane Gusmeroli. 

Mais qui prendra le leadership ? Encore en butte à la méfiance de territoires ruraux qui craignent de se faire avaler par l’ogre urbain, Grenoble Alpes Métropole avance prudemment, dans le calendrier institutionnel qui encadre sa montée en puissance : après la dissolution du syndicat intercommunal à vocation multiples de Chamechaude Col de Porte, un comité de site devrait voir le jour, sous la houlette de la métropole.
 

Mutation métropolitaine

En charge de la politique montagne de cette dernière, Alexandre Mignotte espère « pousser la diversification dans laquelle s’est engagée le Sivom, et commencer par activer les compétences les mieux rôdées : aménagement, voirie, espaces publics et conditions d’accueil ». A court terme, ses réflexions portent sur l’amélioration de la lisibilité du site par la matérialisation des liens entre ses attractions : ski alpin, ski nordique, biathlon, et « forêt d’exception » (label de l’office national des  Forêts).

L’inscription d’un tel projet dans une vision à long terme passe par une mutation de la collectivité résumée par Lilian Vargas, responsable du service Agriculture, forêt, biodiversité et montagne : « La ruralisation amène la métropole à passer des trois gris aux trois verts, c’est-à-dire du triptyque transport, habitat, économie vers les nouvelles compétences réunies par l’agriculture, la forêt et la biodiversité ».
 

Laboratoire

Pour éclairer ce chemin, la métropole peut compter sur le croisement des disciplines rassemblées au laboratoire des écosystèmes et sociétés de montagne (Lessem) : « La recherche peut apporter les connaissances objectives, aider à l’anticipation du changement  et accompagner les acteurs », résume son directeur, le paysagiste Thomas Spiegelberger.

Bien au-delà des périmètres du parc naturel régional et de Grenoble-Alpes-Métropole, l’enjeu concerne toute les « zones intermédiaires » selon Cédric Conteau, coordinateur des politiques de la montagne au commissariat de massif des Alpes : « L’évolution climatique met en lumière les fragilités de ces territoires », analyse-t-il. L’entrée du massif de la Chartreuse confirme son statut de laboratoire de la transition écologique en moyenne montagne.